Le virement arrive un mardi matin. Sept chiffres sur le relevé, après dix-huit mois de négociation, trois closings repoussés, une garantie d'actif et de passif âprement discutée. Le dirigeant relit la ligne deux fois. Le banquier de réseau a déjà appelé. Le conseiller de la banque privée historique aussi. Trois rendez-vous sont calés cette semaine. Aucun ne posera la bonne question d'entrée.
Placer 1 million d'euros n'est pas un sujet de produit. C'est un sujet d'architecture patrimoniale. Horizon, fiscalité, transmission, besoin de revenu, tolérance réelle au risque : tout précède le choix des supports. Ce guide cadre les arbitrages structurants à ce niveau de capital, sans promesse de rendement.
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Le montant ne dicte pas l'allocation. Trois variables le font, et leur hiérarchisation change tout.
L'horizon. À 55 ans, un dirigeant qui sort de cession a typiquement vingt-cinq à trente ans devant lui. C'est long. Cela autorise une exposition mesurée aux actifs volatils. À 70 ans, la donne change : la transmission devient le sujet structurant, l'allocation se réoriente.
Le besoin de revenu net. Vouloir 4 000 € par mois en complément ou ne rien retirer pendant dix ans ne conduit pas aux mêmes enveloppes. Le taux de retrait soutenable se situe généralement entre 3 % et 4 % du capital sur le long terme, selon les travaux académiques sur le sujet.
La tolérance au risque réelle, pas déclarée. Beaucoup d'investisseurs annoncent un profil équilibré et paniquent à -15 %.

Un million d'euros issu d'une cession de titres ne se traite pas comme un million accumulé sur trente ans d'épargne ni comme un héritage récent.
Cession de titres. La plus-value mobilière a déjà été taxée au PFU à 30 % ou au barème progressif, après abattement éventuel pour durée de détention ou abattement dirigeant retraite de 500 000 € (article 150-0 D ter du CGI). Le capital net est disponible. La question devient : faut-il loger une partie en holding (apport-cession 150-0 B ter) avant cession, ou placer après cession ? Cette décision se prend en amont de la signature.
Cession de fonds de commerce, BSPCE exercés, héritage, accumulation : chaque origine impose ses contraintes fiscales et sa fenêtre d'optimisation. Pour les dirigeants qui anticipent encore la sortie, la stratégie d'apport-cession 150-0 B ter reste l'outil de référence.
À 1 million d'euros, la question n'est plus quelle enveloppe choisir mais comment les combiner.
Assurance vie française. Pivot patrimonial. Abattement de 4 600 € par an après 8 ans sur les rachats (9 200 € pour un couple), fiscalité allégée à la transmission (abattement 152 500 € par bénéficiaire pour les versements avant 70 ans, article 990 I du CGI). Limite : architecture parfois fermée selon l'assureur.
PEA. Plafond 150 000 €, exonération d'impôt sur la plus-value après 5 ans (prélèvements sociaux 17,2 % maintenus). À saturer systématiquement.
Compte-titres ordinaire (CTO). Aucun avantage fiscal, mais aucune contrainte de support. Indispensable pour les expositions internationales et certains alternatifs.
Contrat de capitalisation. Frère de l'assurance vie côté fiscalité des rachats, mais transmissible par donation. La doctrine BOFiP en précise les modalités.
PER. Déduction des versements du revenu imposable, intéressant à TMI 41 % ou 45 %.
Au-delà de 500 000 € de prime, le contrat luxembourgeois prend tout son sens. Trois différences structurelles avec un contrat français.
Le triangle de sécurité. Convention tripartite entre le Commissariat aux Assurances, l'assureur et la banque dépositaire. Les avoirs du souscripteur sont ségrégués et bénéficient d'un super-privilège en cas de défaillance de l'assureur. Protection supérieure à la garantie française de 70 000 € du FGAP.
L'architecture ouverte. Accès aux fonds internes dédiés (FID), fonds d'assurance spécialisés (FAS) et fonds internes collectifs (FIC). Univers d'investissement élargi : titres vifs, private equity, multidevise.
La neutralité fiscale. Le contrat suit la fiscalité française du résident, sans surcouche luxembourgeoise. La portabilité en cas d'expatriation reste un atout pour les profils mobiles. Plus de détails sur ce dispositif.
Aucune allocation n'est standard à 1 million. Les trames ci-dessous sont des ordres de grandeur, à confronter à votre situation.
Profil prudent. 50 % fonds euros et obligations investment grade, 20 % SCPI diversifiées, 20 % actions via PEA et UC pilotées, 10 % liquidités. Rendement attendu sur le long terme : 2,5 % à 4 % brut. Volatilité contenue.
Profil équilibré. 30 % fonds euros et obligations, 25 % actions (PEA saturé + UC actions mondiales), 20 % immobilier (SCPI, démembrement), 15 % private equity et dette privée, 10 % liquidités. Rendement attendu : 4 % à 6 % brut. Drawdown possible -10 % à -15 % sur un exercice.
Profil dynamique. 50 % actions diversifiées, 20 % private equity et infrastructure, 15 % immobilier, 10 % obligations, 5 % liquidités. Horizon 10 ans minimum. Drawdown possible au-delà de -25 %.
Les rendements moyens des SCPI publiés par l'ASPIM constituent une référence sectorielle utile.
À 1 million d'euros, l'accès aux fonds non cotés institutionnels devient possible. C'est un changement de gamme par rapport aux fonds retail.
Private equity. Tickets d'entrée 100 000 € à 250 000 € sur les fonds qualifiés. TRI cible 8 % à 15 % brut sur 8 à 10 ans selon France Invest. Frais de gestion 1,5 % à 2 % par an, carried interest 20 %. Illiquidité totale sur la durée du fonds, courbe en J sur les premières années.
Dette privée. Rendement cible 5 % à 8 %, volatilité inférieure au private equity, distribution régulière. Sensibilité au cycle de crédit.
Infrastructure. Actifs longs, indexation partielle à l'inflation, rendement cible 4 % à 7 %.
Règle de prudence : pas plus de 15 % à 20 % du patrimoine financier en actifs illiquides, sauf situation particulière. Le secondaire en private equity atténue la courbe en J et la durée de blocage.
L'immobilier reste structurant, mais sa forme change avec le niveau de patrimoine.
SCPI de rendement. Rendement brut moyen 4 % à 6 %, frais d'entrée 8 % à 12 %, liquidité limitée. À loger prioritairement en assurance vie pour la fiscalité, ou en démembrement temporaire pour annuler l'imposition des revenus sur la durée.
Démembrement temporaire de SCPI. Achat en nue-propriété sur 5 à 15 ans, décote 20 % à 35 %, aucun revenu pendant la période donc aucune fiscalité. Récupération de la pleine propriété en fin de période. Stratégie patrimoniale efficace pour les TMI élevées.
Immobilier direct. Pertinent en patrimoine résidence principale et secondaire, mais l'immobilier locatif direct devient lourd à gérer à ce niveau. Imposition foncière au barème + prélèvements sociaux + IFI éventuel pèsent sur le rendement net.
Les rendements SCPI publiés par l'IEIF donnent un repère sectoriel.
À 1 million d'euros, la fiscalité courante peut absorber 30 % à 40 % du rendement brut si l'architecture est mal pensée.
PFU à 30 %. Régime de droit commun sur intérêts, dividendes et plus-values mobilières. Combine 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. L'option pour le barème progressif n'est pertinente qu'aux TMI 0 % et 11 %, donc rarement à ce niveau de capital.
Contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR). 3 % au-delà de 250 000 € de revenu fiscal de référence pour un célibataire, 4 % au-delà de 500 000 €. À intégrer dans tout calcul de rendement net post-cession.
IFI. Patrimoine immobilier net taxable au-delà de 1,3 M€. L'arbitrage entre SCPI et UC immobilières en assurance vie devient un sujet à part entière.
L'enveloppe choisie détermine la fiscalité finale. Notre analyse de la fiscalité post-cession précise ces mécaniques.
Le choix de l'interlocuteur structure autant que l'allocation elle-même.
Banque privée. Pertinente pour les patrimoines déjà bancarisés cherchant une offre intégrée crédit-placement. Limite : architecture parfois fermée, rétrocessions sur produits maison, conseil fiscal du dirigeant souvent externalisé.
Family office multi-clients. Pertinent au-delà de 10 M€. À 1 M€, le ticket d'entrée et les frais fixes pèsent disproportionnellement.
Plateformes patrimoniales digitales. Adaptées aux allocations standardisées, sans fiscalité du dirigeant ni coordination d'experts. Tarification basse, mais conseil limité aux supports proposés.
CGP indépendant. Architecture ouverte, rémunération transparente sous lettre de mission, devoir de conseil élargi (statut CIF, directive MIF II). Coordonne notaire, expert-comptable, avocat fiscaliste. Pertinent pour les patrimoines complexes où la structuration prime sur la commercialisation.
Surpondérer la sécurité. Placer 80 % en fonds euros et livrets sur un horizon de 20 ans revient à accepter une érosion réelle. À 2 % de rendement net face à 2 % d'inflation, le capital ne progresse pas. Le risque perçu masque le risque réel.
Disperser sur trop d'interlocuteurs. Trois banques privées, deux plateformes, un CGP, un courtier en ligne : la coordination devient impossible, les arbitrages se contredisent, les frais s'empilent. Un interlocuteur principal, des supports diversifiés.
Négliger la transmission. À 55-60 ans avec 1 million placé, la clause bénéficiaire de l'assurance vie, le démembrement, la donation avant cession (lorsqu'elle reste possible) doivent être pensés tôt. Notre analyse de la donation avant cession précise les fenêtres d'optimisation.
Sources
BOFiP-Impôts, doctrine fiscale en vigueurAMF, statut CIF et information de l'investisseurASPIM et IEIF, statistiques SCPIFrance Invest, données private equityFFA, rendements fonds euros
Selon le profil et l'allocation, le rendement brut annuel se situe entre 2,5 % et 6 % sur le long terme. Soit 25 000 € à 60 000 € bruts par an, avant fiscalité. Toute promesse au-delà mérite vérification.
À partir de 500 000 € de prime, le triangle de sécurité, l'architecture ouverte et la portabilité justifient l'arbitrage. En dessous, l'assurance vie française reste très compétitive.
Entre 3 % et 4 % du capital par an sur le long terme, sans érosion du principal, selon les travaux académiques de référence.
Le CGP indépendant convient aux patrimoines structurés post-cession. La banque privée reste pertinente sur les besoins crédit-placement intégrés.
Cet article est rédigé à titre purement informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni un conseil fiscal personnalisé, ni une sollicitation. Les dispositifs présentés évoluent ; vérifiez l'état du droit en vigueur. Toute décision patrimoniale doit faire l'objet d'une analyse adaptée à votre situation, formalisée dans une lettre de mission.