Vous recevez une lettre d'intention. Le repreneur valorise votre PME 6,5 M€. Vous l'avez créée il y a vingt-deux ans avec 40 000 € de capital. La plus-value théorique avoisine 6,4 M€. Sur le papier, vous tenez l'aboutissement d'une vie. En pratique, l'imposition par défaut peut absorber près d'un tiers de cette somme avant que vous ayez signé quoi que ce soit.
La fiscalité d'une cession ne se joue pas le jour de la signature. Elle se prépare 12 à 36 mois avant, selon la voie retenue : PFU pur, abattement dirigeant retraite, apport-cession, donation avant cession, pacte Dutreil. Chaque dispositif obéit à des conditions précises et à une logique d'arbitrage qui dépend de votre âge et de votre projet familial.
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La cession des titres d'une société à l'IS, pour un dirigeant personne physique, déclenche une plus-value mobilière imposée selon l'article 150-0 A du CGI. La plus-value correspond à la différence entre le prix de cession net et le prix d'acquisition ou de souscription des titres.
Le régime de droit commun applique le prélèvement forfaitaire unique (PFU) à 30 %, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. Au-delà de ce socle, la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR) de 3 % ou 4 % s'ajoute au-delà de 250 000 € de revenu fiscal de référence pour un célibataire et 500 000 € pour un couple. Sur une plus-value de 5 M€ taxée au PFU sans aménagement, le coût fiscal cumulé approche 1,7 à 1,8 M€.
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Une distinction essentielle s'impose entre cession de titres et cession de fonds de commerce. La cession de titres porte sur les actions ou parts sociales et reste à la charge du cédant personne physique, taxé sur sa plus-value mobilière. La cession de fonds de commerce relève de la fiscalité des plus-values professionnelles, avec un régime distinct (articles 151 septies, 238 quindecies, 238 quaterdecies du CGI) et l'application de droits d'enregistrement à la charge du repreneur.
L'option pour le barème progressif est ouverte sur l'ensemble des revenus de capitaux mobiliers de l'année. Cette option est globale et irrévocable. Elle se justifie quand les titres ont été acquis avant le 1er janvier 2018, ou quand la CSG déductible de 6,8 % peut être imputée sur les revenus de l'année suivante.
Le PFU à 30 % constitue le régime par défaut depuis la flat tax de 2018. Sa simplicité plaide pour lui dans la majorité des cessions récentes : un taux unique, lisible. Pour un dirigeant dont la TMI est à 45 % et qui ne dispose pas d'abattement spécifique, le PFU est presque toujours plus avantageux.
Le barème progressif redevient pertinent pour les titres acquis avant 2018, qui ouvrent droit à l'abattement pour durée de détention sur la base IR uniquement : 50 % entre 2 et 8 ans, 65 % au-delà de 8 ans, jusqu'à 85 % pour les titres de PME éligibles à l'abattement renforcé. Il l'est aussi pour les cédants disposant d'une CSG déductible imputable l'année suivante.
L'arbitrage suppose une simulation chiffrée intégrant les autres revenus de l'année, l'IFI, la CEHR et l'année N+1.
L'abattement fixe dirigeant retraite permet de retrancher 500 000 € de la plus-value imposable, quelle que soit l'option retenue (PFU ou barème). Les prélèvements sociaux de 17,2 % restent dus sur la plus-value brute avant abattement. Le dispositif a été prorogé par la loi de finances pour 2025 jusqu'au 31 décembre 2031.
Les conditions sont cumulatives : exercice continu d'une fonction de direction effective et rémunérée pendant les cinq années précédant la cession, détention d'au moins 25 % du capital seul ou avec son groupe familial, cessation des fonctions et liquidation des droits à la retraite dans les vingt-quatre mois entourant la cession, société répondant à la définition européenne de la PME (moins de 250 salariés, CA inférieur à 50 M€).
Apport-cession (article 150-0 B ter du CGI). Le dirigeant apporte ses titres à une holding contrôlée à l'IS avant la cession. La plus-value d'apport est placée en report d'imposition. Si la holding cède les titres dans les trois ans, elle doit réinvestir 70 % du produit dans une activité éligible sous trois ans, et conserver les actifs cinq ans.
Découvrir notre analyse de l'apport-cession 150-0 B ter 2026
Apport-cession (article 150-0 B ter du CGI). Le dirigeant apporte ses titres à une holding contrôlée à l'IS avant la cession. La plus-value d'apport est placée en report d'imposition. Si la holding cède les titres dans les trois ans, elle doit réinvestir 70 % du produit dans une activité éligible sous trois ans, et conserver les actifs cinq ans.
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L'apport-cession (article 150-0 B ter du CGI) consiste à apporter les titres de la société opérationnelle à une holding contrôlée soumise à l'IS avant la cession effective. La plus-value d'apport est placée en report d'imposition.
Si la holding cède les titres dans les trois ans, elle doit réinvestir au moins 70 % du produit dans une activité économique éligible dans un délai de trois ans, et conserver les actifs réinvestis cinq ans minimum. Ces conditions résultent de la loi de finances pour 2026 (Loi n° 2026-103 du 19 février 2026), qui a porté le seuil de réinvestissement de 60 % à 70 %, exclu les activités immobilières de marchand de biens et de gestion locative, et allongé les délais.
Notre analyse complète sur l'apport-cession 150-0 B ter 2026
La donation avant cession obéit à une logique inverse. Le dirigeant donne tout ou partie des titres à ses enfants avant de céder. La donation purge la plus-value : le donataire reçoit les titres pour une valeur fiscale égale à la valeur retenue dans l'acte, sans plus-value latente résiduelle au regard de l'IR. Lorsque l'enfant cède peu après à la même valeur, la plus-value imposable est nulle ou marginale.
Restent dus les droits de mutation à titre gratuit, après application de l'abattement parent-enfant de 100 000 € par enfant et par parent, renouvelable tous les quinze ans, et le rappel fiscal des donations antérieures.
Pour un dirigeant qui souhaite associer ses enfants à la transmission, la donation avant cession est souvent plus efficace que l'apport-cession, à condition d'être réelle et antérieure à toute négociation ferme.
Le pacte Dutreil (articles 787 B et 787 C du CGI) ne s'adresse pas à la cession à un tiers. Il vise la transmission à titre gratuit, par donation ou succession, d'une entreprise exerçant une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale. Sous conditions, il permet une exonération de 75 % de la valeur des titres pour le calcul des droits de mutation à titre gratuit.
Le mécanisme repose sur un engagement collectif de conservation d'au moins deux ans, signé avant la transmission, portant sur au moins 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote pour une société non cotée. À ce premier engagement s'ajoute un engagement individuel de conservation souscrit par chaque héritier ou donataire à la suite de la transmission.
La loi de finances pour 2026 a porté la durée de l'engagement individuel de quatre à six ans, ce qui ramène la durée totale de conservation collective et individuelle à huit ans minimum. L'une des fonctions de direction doit être exercée par l'un des signataires pendant la durée de l'engagement collectif puis pendant les trois années suivant la transmission.
La loi de finances pour 2026 a également exclu de l'assiette de l'exonération les actifs non exclusivement affectés à l'activité professionnelle (véhicules de tourisme, résidences d'agrément, objets précieux, vins et alcools).
Le pacte Dutreil ne se substitue pas à l'abattement dirigeant retraite : le premier concerne les droits de mutation à titre gratuit, le second l'impôt sur la plus-value mobilière en cas de cession à titre onéreux. Les deux outils peuvent être articulés sur des poches distinctes de titres.
L'optimisation de la fiscalité d'une cession se joue en amont. Trois erreurs reviennent fréquemment.
Première erreur : confondre apport-cession et donation avant cession. Le premier est un report d'imposition conditionné par un réinvestissement productif. La seconde purge la plus-value en transférant les titres aux enfants, moyennant des droits de mutation. Choisir l'un ou l'autre par défaut conduit régulièrement à un sous-optimum de plusieurs centaines de milliers d'euros.
Deuxième erreur : oublier les prélèvements sociaux. L'abattement dirigeant retraite réduit l'IR mais pas la CSG-CRDS. Une plus-value de 2 M€ entièrement abattue à l'IR reste taxée 344 000 € au titre des prélèvements sociaux.
Troisième erreur : engager des négociations fermes avant d'avoir structuré. L'administration peut requalifier en abus de droit (article L.64 du LPF).
La fiscalité d'une cession d'entreprise n'est pas une variable subie, c'est une variable à arbitrer. PFU ou barème, abattement retraite, apport-cession, donation avant cession, pacte Dutreil : chaque outil a sa logique propre, son calendrier et ses conditions d'éligibilité.
La bonne combinaison dépend de votre âge, de votre projet familial, de votre intention de réinvestir, du profil de votre société, et de la temporalité de la cession. Aucune réponse standardisée ne tient face à un patrimoine de plusieurs millions d'euros et une opération qui se prépare sur deux à trois ans. Un cadrage structuré, mené avant tout engagement ferme, fait la différence entre une fiscalité subie et une fiscalité maîtrisée.